Préférences alimentaires des fourmis
(Formica rufa)

Compte rendu

Retour à la présentation Préface et évaluation de l'expérience.

 Informations techniques Protocole et matériel utilisé.

 

Résumé thématique

Sommaire

  1. Introduction
  2. Ingrédients et préparatifs
  3. Résultats
  4. Vidéo accélérée

Plus de 12'000 espèces de fourmis ont été référencées à l'heure actuelle, possédant chacune un régime alimentaire spécifique. La fourmi rousse des bois (formica rufa) – très présente dans les forêts européennes – se nourrit principalement d'insectes et de miellat prélevé sur les pucerons qu'elle élève.

En tant que sujet de cette étude, j'ai sélectionné deux fourmilières de formica rufa situées à l'orée d'une forêt en Suisse Romande. L'objectif de cette expérience est d'établir les préférences alimentaires de ces fourmis en mettant à leur disposition une vaste gamme d'ingrédients.


Omnivores à l'état sauvage, les fourmis rousses sont une espèce idéale pour cette étude (agrandir l'image)

Quelques extraits filmés durant l'expérience (© IS) :

 

  • Ingrédients et préparatifs (sommaire)

L'expérience se déroule en deux parties. Nous sélectionnons en premier lieu un total de 22 ingrédients, allant du pain à la charcuterie, en passant par différents fruits, du fromage, du miel, et même des vers de terre. Chacun de ces ingrédients est réduit en morceaux, puis placé sur des palettes que nous disposons ensuite près d'une fourmilière :


Première palette (agrandir l'image)


Seconde palette (agrandir l'image)

Ces échantillons sont laissés sur place durant 5 jours ; la progression étant notée quotidiennement.

Au terme de ce délai, nous effectuons un second test afin de classer plus précisément les ingrédients consommés en priorité par les fourmis. Nous déposons une nouvelle plaquette contenant ces ingrédients au pied d'une fourmilière de taille conséquente. L'activité des fourmis est alors filmée durant plusieurs heures, le temps de départager leurs aliments favoris.


Palette finale (agrandir l'image)

Une vidéo accélérée ainsi qu'une image récapitulative des résultats sont disponibles dans les sections ci-dessous.


Des précautions furent nécessaires pour protéger les palettes des intempéries... et nous des fourmis (agrandir l'image)

Les résultats des deux phases de test concordent parfaitement. Les fourmis rousses ont sélectionné certains aliments en priorité - par exemple le pain, le miel et la charcuterie de dinde (dans cet ordre) - qui ont été préférés de façon très nette durant ces deux expériences. Elles ont au contraire délaissé des ingrédients dans leur intégralité, malgré les 5 jours à leur disposition. Parmi ces derniers on retrouve notamment la majorité des fruits (compote de pommes, bananes, myrtilles, framboises, figues...).

Voyez ci-dessous un classement établi en fonction de l'ordre de disparition des aliments. Il s'agit bien évidemment d'un résultat à interpréter avec prudence et à comparer à l'occasion avec d'autres espèces de fourmis.


Tableau récapitulatif (agrandir l'image)

Pour les intéressés, vous pouvez comparer ici l'état des deux premières palettes après les 5 jours de la première phase.

Concernant le comportement des fourmis, il est intéressant de noter qu'elles transportent les aliments solides directement dans leur nid. Elles boivent par contre les liquides sur place, comme le miel et la confiture, ce qui engendre de grands attroupements.


Quelques extraits du déroulement (agrandir l'image)

Voici une vidéo filmée lors de la seconde phase de test, qui a duré un total de 4 heures. Comme dit ci-dessus, les fourmis se concentrent en priorité sur le pain, le miel et la charcuterie.

Vidéo accélérée de l'activité des fourmis (© IS)

Déroulement chronologique

Sommaire

  1. Dernière expérience (2013)
    1. Premiers préparatifs
    2. Installation vers la fourmilière
    3. Second jour
    4. Conclusion du premier test
    5. Phase finale
    6. Vidéo et image récapitulative
  2. Première expérience (2010)
 

I. Dernière expérience (2013) 

Sur la base de ma première expérience de 2010, je me procure une vaste gamme d'ingrédients afin d'observer les préférences alimentaires des fourmis des bois (formica rufa). Omnivores à l'état sauvage, ces fourmis chassent des insectes et élèvent des pucerons pour leur miellat.


Une fourmi rousse des bois - formica rufa (agrandir l'image)

Je réunis 22 échantillons de nourriture, allant de la viande hachée au pain, en passant par des fruits, du fromage, du miel, des champignons, et même des vers de terres.


Aliments choisis d'après mes disponibilités (agrandir l'image)

Ces ingrédients sont réduits en petits morceaux pour diminuer leurs disparités. Ils sont ensuite répartis sur des palettes de peinture, où je prends soin de noter leur emplacement :


Première palette (agrandir l'image)


Seconde palette (agrandir l'image)

Pour protéger ces échantillons des intempéries, les palettes sont enfermées dans un récipient transparent dans lequel je perce des trous.


Le fond du récipient est en carton et le couvercle est transparent (agrandir l'image)

La fourmilière que j'ai repérée pour cette expérience se trouve dans une forêt de Vufflens-la-ville (canton de Vaud, en Suisse).


Cette forêt mixte contient de nombreuses fourmilières proches du chemin (agrandir l'image)

Les nids de l'espèce Formica rufa sont formés de brindilles et de débris végétaux amoncelés en grands dômes. Je place les palettes au pied de l'un d'eux.


Nous prévoyons de rester une ou deux heures pour observer le début de l'activité des fourmis (agrandir l'image)

Quelques minutes suffisent aux fourmis pour coloniser ces nouveaux éléments. Elles se faufilent par les trous pour accéder à la nourriture et commencent même à déplacer des morceaux de pain.


Elles se mettent à plusieurs pour transporter ce morceau (agrandir l'image)

Environ 50 minutes après cette mise en place, on peut voir sur cet extrait vidéo que les aliments en apparence les plus prisés sont le pain, la charcuterie de dinde, le miel et le raisin.


Les fourmis montrent des préférences marquées pour certains aliments (agrandir l'image)


Elles se regroupent autour du miel pour boire (agrandir l'image)


Elles saisissent les morceaux de charcuterie avec leurs pinces pour les emporter dans leur nid(agrandir l'image)

Nous dissimulons les palettes pour la nuit, sans les écraser, à l'aide de plusieurs bouts de bois. Cette précaution nous paraît nécessaire pour détourner les éventuels animaux attirés par l'odeur des aliments, ainsi que les promeneurs et curieux qui pourraient interférer dans le bon déroulement de l'expérience.


Mon conjoint en train de recouvrir notre installation (agrandir l'image)


Les palettes sont protégées, mais toujours accessibles aux fourmis (agrandir l'image)

Le lendemain, comme nous l'avions anticipé : le pain, la charcuterie de dinde et le miel ont entièrement disparu. Il en va de même pour différents ingrédients :

          • Granulés pour poissons
          • Grains de riz (cru)
          • Vers de terre
          • Fromage râpé

La confiture et le raisin ont tous deux été partiellement consommés : il ne reste plus que de petits morceaux séchés.


La première palette : passez la souris dessus pour comparer (agrandir l'image)


Seconde palette : passez la souris dessus pour comparer (agrandir l'image)

Une progression moins marquée que la veille ; seule la confiture a été terminée durant la nuit. La viande hachée, le saumon et la compote de pommes ont commencé à être ingérés, nous en saurons davantage le lendemain.

  • Jour 4-5 : 22-23 octobre 2015 (sommaire)

À ce stade se profilent les résultats finaux de ce test ; les ingrédients précédemment cités ont été consommés, mais nous constatons que les autres ne sont pas du tout touchés par les fourmis rousses. Il s'agit des aliments suivants :

          • Différents fruits : framboise, myrtilles, figues, bananes...
          • Les graines de lin
          • Les champignons (pleurote)
          • Les croquettes pour chat (réhydratées)
          • Le yogurth aux baies
          • La stevia

Nous attendons encore un jour pour confirmer ces résultats, mais ils restent bel et bien identiques :


Les deux palettes au terme de ce test (agrandir l'image)

Pour départager les premiers ingrédients à avoir été sélectionnés par les fourmis, nous mettons en place une expérience plus rapide comprenant uniquement les ingrédients favoris :


Palette finale (agrandir l'image)

Cette unique tablette est cette fois-ci placée contre une fourmilière aux dimensions conséquentes, près de trois fois la taille de la précédente. L'objectif étant de rester sur place jusqu'au soir et de filmer en continu l'activité des fourmis durant cette période.


Aperçu de l'installation (agrandir l'image)


Plus loin ci-dessous vous trouverez la vidéo en accéléré (agrandir l'image)

Précisons que les fourmis rousses peuvent se montrer agressives et territoriales ; nous prenons donc soin de nous habiller en conséquence, enroulant au sommet de nos bottes une bande autocollante afin de ralentir la progression de celles qui nous escaladeraient.


Cette fourmi se défend en projetant de l'acide formique depuis son abdomen (position "canon") (agrandir l'image)


Cet équipement me permet de rester vers la fourmilière pour faire mes photos (agrandir l'image)


... Oui, l'équipement est utile... (agrandir l'image)

Quelques secondes après l'installation de notre matériel, les fourmis commencent à entamer la nourriture à leur disposition.


Elles colonisent la palette et examinent les aliments (agrandir l'image)


Elles transportent la nourriture solide et boivent les liquides (agrandir l'image)

Fidèles à leurs consoeurs du test précédent, elles se concentrent en priorité sur la mie de pain.


Voyez à droite la file de fourmis transportant le pain (agrandir l'image)

En moins d'une heure, les deux échantillons de pain sont entièrement emportés. Entre-temps les fourmis se sont amassées (littéralement) sur le miel.


Difficile à dire si elles peuvent réellement accéder au liquide (agrandir l'image)

Le troisième ingrédient à disparaître est la charcuterie de dinde. Pain, miel et charcuterie, des résultats qui coïncident avec ceux du premier jour. Les ingrédients restants diminuent progressivement.


Quelques fourmis sur les grains de riz (agrandir l'image)


Attroupées autour de la confiture (agrandir l'image)

À la fin de cette période de 4 heures, les autres aliments ont tous diminué de manière équivalente ; le riz ayant un peu de retard et le fromage râpé arrivant en tête.


État final de la palette : passez la souris dessus pour comparer (agrandir l'image)

Voici pour vous une vidéo accélérée de l'intégralité de ce processus :

Vidéo accélérée de l'activité des fourmis (© IS)

 

Ainsi qu'une image récapitulative fondée sur les résultats de ces 6 jours d'expérience. À interpréter avec prudence, car j'ignore ce que les fourmis font des aliments solides une fois emportés.


Les aliments sont organisés d'après la vitesse de disparition des palettes (agrandir l'image)

 

I. Première expérience (2010) 

Il s'agit d'un résumé de l'expérience initiale ayant engendré mes derniers tests. Cette expérience est cependant bien moins intéressante, car elle ne comporte qu'un type d'aliment, qui plus est mal adapté à cette espèce de fourmi. Je vous recommande de lire en premier l'expérience de 2013.

J'achète un petit coquelet frais, que j'incise régulièrement pour faciliter l'accès aux fourmis. Je le place ensuite dans une boite fermée et trouée.

La viande est placée dans une boite trouée
La nourriture est placée dans une boite trouée

J'installe ensuite cette boite au pied d'une fourmilière de fourmis rousses (fourmis des bois), à la lisère d'une petite forêt à proximité de Vufflens-la-ville (VD). Je prends soin de ne pas endommager le nid lors de la mise en place.

La boite est enterrée au pied d'une grande fourmilière
Fourmilière

Le lendemain, je constate que les fourmis s'activent sur le coquelet, mais que la quantité de viande n'a pratiquement pas diminué. Peut-être qu'elles n'apprécient pas ce type de viande, ou qu'une proie de cette taille est trop difficile à dégrader pour cette espèce de fourmis.

Les fourmis viennent sur le coquelet
Les fourmis s'activent sur la volaille

  • Jour 3 à 7 : 23-27 septembre 2010 (sommaire)

Le coquelet ne diminue pas de taille. Les fourmis s'agitent, mais elles ne semblent pas manger. La texture devient toutefois plus spongieuse, probablement à cause de l'acidité des fourmis et des champignons/bactéries qui dégradent la viande.

L'acidité et les moisissures rendent la viande spongieuse
La texture devient spongieuse

Toujours aucun changement effectif : je peux donc conclure que ce type d'aliments (ou du moins la façon dont il est disposé) ne convient pas à cette espèce de fourmis. Il faudra que je fasse des comparaisons avec d'autres sortes de nourritures.

Les fourmis n'ont pas mangé le coquelet
Les fourmis ne dégradent pas la viande

 

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