Témoignage : élevage d'oisillon dès l'éclosion
(merle noir)

Compte rendu :

--> Nous vous rappelons que la détention d'animaux sauvages est interdite. Je ne préconise pas la reproduction de cette expérience. Si vous choisissez d'outrepasser cet avertissement, veuillez lire le préavis concernant les expérience zoologiques <--

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Résumé thématique

Sommaire

  1. Mise en place et préparation
  2. Récolte des oeufs et incubation
  3. Croissance
  4. Habitat
  5. Alimentation
  6. Comportement
  7. Difficultés rencontrées
  • Mise en place et préparation (sommaire)

L'élevage d'oisillons nidicoles est extrêmement délicat, encore plus concernant les espèces sauvages pour lesquelles il n'existe pas de nourriture réellement adaptée à partir de l'éclosion. Mon témoignage se porte sur l'espèce Turdus merula (merle noir) ; je précise à nouveau qu'il s'agit d'un élevage à but didactique et qu'à cause des difficultés inhérentes, je déconseille fortement sa reproduction.

Après des recherches approfondies sur le matériel, les techniques et les conditions d'élevage, j'ai pu mettre en place un protocole qui m'a paru adéquat pour mener à bien cette tentative.

Durant les deux premières semaines de vie, les oisillons resterons dans la couveuse afin de bien contrôler la température et l'humidité. Il s'agit du modèle 24 eco à retournement automatique de la marque Covattuto. Une lampe infrarouge est placée à proximité pour que les petits ne se refroidissent pas lors de mes manipulations et du nourrissage.

Je commande de la purée d'élevage spécialement conçue pour le nourrissage à la main des oisillons nidicoles dès l'éclosion (de la marque Tropican, normalement pour les perruches et perroquets). La nourriture est préparée dans un nouveau récipient à chaque becquée (tasses en plastiques), mélangée à l'aide de cuillères jetables et administrée à l'aide d'une seringue de 1ml, dont je récupère plusieurs exemplaires chez un vétérinaire.

Tous les ustensiles sont rigoureusement lavés et désinfectés avant d'être employés. Mes mains sont systématiquement désinfectées avant les manipulations et je porte un masque afin d'éviter de déposer des germes sur les oisillons ou le matériel. La purée d'élevage est conservée au réfrigérateur, les papiers ménages souillés (par les déjections, l'eau ou la nourriture) sont immédiatement changés, la couveuse est lavée tous les 5 jours en moyenne et l'eau des bacs est remplacée tous les 3 jours.

Quelques prépartifs pour l'expérience d'élevage du merle
Quelques préparatifs

  • Récolte des oeufs et incubation (sommaire)

Les oeufs de merles sont récupérés dans des nids situés dans des buissons vers des zones résidentielles. Cette année, je n'ai trouvé qu'un seul nid avec des oeufs, les autres étaient tous vides. J'ai donc ramassé 2 oeufs sur les 4 présents et je les ai rapidement mis en couveuse, à une température de 38°C. J'ai vérifié que la femelle soit bel et bien revenue couver les oeufs restants dans son propre nid.

Les oeufs sont mirés après quelques jours : ils sont fécondés et on distingue les vaisseaux sanguins de la paroi interne. Après 14 jours d'incubation, les petits percent la coquille et sortent de l'oeuf.

Merle en train de naitre (vidéo de 2011, © IS)


Le premier oisillon sort de son oeuf avec un nombril ensanglanté : je l'isole tout de suite dans un endroit stérile afin de prévenir la propagation des germes, mais il je ne parviens malheureusement pas à le sauver. Le second oisillon se porte bien et commence sa croissance.

Les merles nichent dans les haies de feuillus ou dans du lierre, les oeufs sont bleutés, ils éclosent après 16 jours d'incubation
Les merles nichent dans les haies de feuillus ou dans du lierre

A la naissance, l'oisillon est revêtu uniquement d'un fin duvet. Les plumes poussent sous la peau dès l'éclosion, enfermées dans des tubules rigides qui s'ouvrent après une dizaine de jours de croissance. Les plumes des ailes sont les premières à sortir, mais elles finissent leur croissance près de 25 jours après l'éclosion. Les plumes de la queue se développent tout à la fin, après le 17e jour, et finissent de grandir vers le 35e jour.

Concernant mon oisillon, les plumes des ailes sont partiellement dépigmentées à cause d'une carence en protéine lors des premiers jours de vie. Heureusement sans conséquence sur le long terme ; les nouvelles repousses étaient noires.

Croissance des ailes d'un oisillon de merle noir depuis l'éclosion
Évolution des plumes des ailes en un mois (agrandir l'image)

La forme du corps évolue également, tout comme la couleur du corps et du bec. Les changements de jour en jour sont impressionnants. Les yeux s'ouvrent 5 jours après l'éclosion, il se plume et se met debout une dizaine de jours plus tard. Le sevrage commence vers 25 jours, l'oiseau sait alors assez bien voler car sa queue et ses ailes s'allongent sensiblement.

Évolution du plumage et de la morphologie d'un oisillon de merle noir, à partir de l'éclosion jusqu'au sevrage
L'oisillon grandit rapidement (agrandir l'image)

Je pèse plusieurs fois l'oisillon par jour. Un merle adulte pèse en moyenne entre 80 et 95 g. Voici une courbe de sa croissance en fonction de son âge :

Évolution du poids d'un oisillon nidicole (merle noir) en fonction de son âge et depuis l'éclosion
Courbe de croissance de l'oisillon (graphique fait par Cyril Lagger)
(agrandir l'image)

Les deux premières semaines de sa vie, l'oisillon niche dans la couveuse, à une température de 38°C qui décroît très graduellement. A 15 jours, lorsqu'il est plumé, il est installé dans une grande cage à oiseau avec une lampe infrarouge qui sera ôtée après le 20e jour. La cage est ouverte après un mois, lorsque le merle commence à bien voler et à explorer son environnement.

A partir d'un mois et demi, l'oiseau sait bien manger seul et cherche alors à quitter le territoire parental. Le mien a déchiré la fine moustiquaire qui protégeait la fenêtre pour pouvoir s'aventurer au dehors. J'aurais souhaité disposer d'un jardin pour que cette transition se fasse plus en douceur.

Les différents lieux de vie de l'oisillon au cours de sa croissance
Les différents lieux de vie de l'oiseau

Le nourrissage a lieu toutes les demi-heures lors des premières 24h (y compris la nuit), puis toutes les heures jusqu'au 25e jour environ.

Dès l'éclosion, je donne de la purée d'élevage Tropican additionnée d'eau. La texture passe de complètement liquide à une consistance de pâte à crêpe lors de la seconde semaine. Le mélange est administré à l'aide d'une seringue d'1ml où je fixe un embout pour viser plus facilement l'oesohpage. L'oisillon devrait en général manger 10% de son poids par becquée, je le pèse régulièrement pour vérifier sa croissance.

Au bout du 6e jour environ, je rajoute à la purée un mélange protéiné formé de vers de farine, de vitamines et de viande rouge finement broyés. Les merles sont insectivores et ont donc besoin de ce complément alimentaire. A partir du 15e jour, je rajoute également de la purée d'élevage à base d'oeuf au mélange initial. Je place des graines sur le sol afin que l'oisillon s'entraine à picorer. Après le 16e jours, je commence à donner de petits morceaux de viande rouge et des vers de farine en parallèle à la purée.

L'état des déjections permet de voir si l'oisillon va bien. Je rajoute parfois un peu de vinaigre de cidre à la purée pour faciliter la digestion.

Le sevrage commence vers 25 jours, ce qui coïncide avec l'ouverture de la cage (l'oiseau vole mieux). Durant cette période, j'arrête de lui donner de la purée et je le nourris chaque 1h30. Le régime est à base de morceaux de viande, de vers de terre coupés en morceaux, de vers de teigne et de crevettes pour tortue d'eau. Je laisse à disposition des fruits et des graines dans la cage et sur le sol afin que l'oiseau s'entraine à manger.

Après un mois, je lui donne exclusivement de la nourriture vivante, principalement des vers de terreau entier. Je laisse par terre un grand bac contenant des vers de farine et des vers de terre afin que l'oiseau s'entraine à chasser. Après quelques jours, je mélange la nourriture à de la terre et de la végétation pour que le merle cherche au dessous. Il apprend instinctivement les gestes nécessaires à sa survie, sans l'aide des parents.

Les nourrissages s'espacent progressivement, passant à 3 fois par jours à un mois et demi. L'oiseau perd du poids, mais commence à bien manger seul.

Les différents types d'aliments, l'anatomie et le mode de nourrissage d'un bébé merle noir
L'alimentation des oisillon est complexe (agrandir l'image)

Nourrissage à 12 jours (© IS)


Le jeune merle commence à manger par lui-même (© IS)


Nourrissage à un mois (© IS)


Lorsqu'il est jeune, l'oisillon ne sait rien faire de plus que réclamer (le bec grand ouvert) et dormir. Il piaille régulièrement lorsqu'il quémande. A environ 2 semaines, il est capable de se déplacer. Il commence alors à faire sa toilette, à picorer, à s'étirer et à voleter. Il se tient en général sur une seule patte sur son perchoir, l'autre étant rentrée dans les plumes de son ventre.

Il est très attaché à moi étant donné que je le nourris tous les jours depuis sa naissance, mais il a peur des personnes et des objets et individus étrangers. J'ai essayé de limiter un peu l'empreinte en ne passant pas trop de temps à ses côtés (pour pouvoir le libérer plus facilement et augmenter ses chances de survie dans la nature)

Il claque du bec devant un objet inconnu (© IS)


A 25 jours, la période de sevrage commence. L'oiseau est alors très vif et curieux, il sort de sa cage, vole dans la pièce et picore tout ce qui s'y trouve pour apprendre à manger. Il apprécie l'eau et se baigne plusieurs fois par jour dans le bac prévu à cet effet.

Il se nettoie dans un récipient d'eau (© IS)


Il court et vole partout dans la pièce pour se défouler (© IS)


A partir d'un mois et quelques jours, l'oiseau devient progressivement plus sauvage et ambitieux. Il cherche à quitter le territoire parental pour mener une vie indépendante. Il réagit instinctivement au danger et aux éventuels prédateurs, je suis plutôt confiante quant à sa remise en liberté.

  • Difficultés rencontrées  (sommaire)

Cette expérience est extrêmement délicate à mener à terme. Les causes de mortalité des oisillons sont si nombreuses qu'il faut respecter des consignes strictes pour avoir la moindre chance d'arriver au bout.

Il y a quelques années, j'ai connu un oisillon qui est décédé de troubles digestifs. L'un des deux ayant éclos durant cette expérience est mort 1h plus tard d'une infection au nombril et le deuxième a souffert durant quelques jours d'une pneumonie par aspiration. Les vétérinaires ne sont en général d'aucune aide pour ce type d'animal, la plupart ne sont pas spécialisés par rapport aux oiseaux et les autres estiment apparemment que "cela n'en vaut pas la peine" (je cite !). Il est donc très difficile de se procurer les médicaments nécessaires, j'ai dû réutiliser un antibiotique qui avait été prescrit l'année passée pour mes cailles.

Mis à part ces problèmes (qui peuvent également avoir lieu dans l'oeuf), il est également très compliqué de réunir le matériel nécessaire et de trouver des informations relatives aux oiseaux nidicoles, ce qui peut mener à une dégradation générale de l'état de l'oisillon (carence alimentaire, maladie,...). Le mien a eu les plumes dépigmentée suite à une carence, heureusement sans conséquence au long terme.

D'un autre côté, les soins demandés par les oisillons peuvent avoir des répercussions importantes sur les nourrisseurs. Ayant dû m'en occuper seule durant les premières semaines, j'étais au final exténuée par les nourrissages qui avaient lieu jour et nuit. Les lavages répétés et l'utilisation du désinfectant toute les heures peuvent en outre abîmer significativement la peau.

A la fin de l'expérience, mon merle a déchiré la fine moustiquaire de la fenêtre pour quitter le territoire "parental". J'avais prévu de le libérer la semaine suivante, heureusement je pense qu'il était déjà à même de se débrouiller seul.

Les problèmes survenus durant l'élevage d'oisillons (merles noires) dès l'éclosion
Une grande quantité de problèmes... (agrandir l'image)

--> Nous vous rappelons que la détention d'animaux sauvages est interdite. Je ne préconise pas la reproduction de cette expérience. Si vous choisissez d'outrepasser cet avertissement, veuillez lire le préavis concernant les expérience zoologiques <--

 

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Achat d'une couveuse covatutto 24 eco(modèle automatique). Montage du moteur, remplissage du bac d'eau et réglage de la température.

 

termomètre d'une couveuse covatutto

Commentaires  

0 #68 Intra-science 24-04-2018 02:01
Citation en provenance du commentaire précédent de Grandin :
Bonjour

Je vous ecris car je culpabilise
J ai recupere un oisillon hier matin
Il etait seul blotti contre une plaque de bitume
Je suis allee a gamm vert demander conseils
J ai achete des verts de farine et un paquet de nourriture a base d insectes
Il allait bien puis d un coup cet après midi il est mort
Je pense que c est de ma faute je lis sur internet qu il ne faut pas leur donner a boire peut etre l ai trop mis d eau ds le bec et qu il a eu une pneumonie ou l ai je trop nourri
Je cherche a comprendre.je l ai tue cette pauvre bete et suis tres triste

Bonjour,

Je suis désolée pour votre perte. Les oisillons sont très fragiles, un déséquilibre suffit pour que leur état décline en quelques heures. Lorsque les premiers symptômes apparaissent, il est souvent trop tard.

Cela étant, je vous rassure : vous ne pouvez pas « trop » nourrir un oisillon. Ils peuvent manger tant qu’ils réclament. Leur donner à boire n’est effectivement pas nécessaire, mais ce n’est pas létal.

Difficile de trouver la cause du décès à postériori, surtout sans savoir l’espèce ou l’âge de l’oisillon. Il peut effectivement s’agir d’un problème de nourriture ou de méthode de nourrissage, mais aussi d’hygiène, de température ou d’autres facteurs qui ne dépendent pas de vous. Certains oisillons sont déjà malades ou fragilisés une fois tombés du nid.

Si vous avez remarqué des symptômes spécifiques, vous pouvez comparer ceux-ci à la section « problèmes » de l’article suivant : intra-science.anaisequey.com/. ../.... La pneumonie par aspiration se manifeste par des difficultés respiratoires, les infections bactériennes par des crottes vertes, la nourriture inadaptée par une raréfaction des déjections ou autres troubles digestifs, et la température par le fait que l’oisillon se tient en boule ou halète.

Je comprends que vous ayez besoin de chercher une cause face au stress de cette expérience. Le mieux que vous puissiez faire est d’apprendre les gestes d’urgence au cas où la situation se représenterait (voyez l’article en lien ci-dessus). Je précise tout de même qu’il ne faut PAS récupérer les oisillons déjà plumés, à moins qu’ils ne soient en danger direct (prédateurs, etc.). Les oisillons non-plumés doivent être amenés d’urgence dans un refuge. Si vous êtes forcés d’en prendre momentanément soin, gardez-les au chaud et donnez-leur des vers de farine en morceau ou de la viande rouge crue.

J’espère de tout cœur que vous n’aurez pas à revivre cette expérience à l’avenir.
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0 #67 Grandin 22-04-2018 16:33
Bonjour

Je vous ecris car je culpabilise
J ai recupere un oisillon hier matin
Il etait seul blotti contre une plaque de bitume
Je suis allee a gamm vert demander conseils
J ai achete des verts de farine et un paquet de nourriture a base d insectes
Il allait bien puis d un coup cet après midi il est mort
Je pense que c est de ma faute je lis sur internet qu il ne faut pas leur donner a boire peut etre l ai trop mis d eau ds le bec et qu il a eu une pneumonie ou l ai je trop nourri
Je cherche a comprendre.je l ai tue cette pauvre bete et suis tres triste
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+1 #66 Sanae 29-06-2017 14:11
Citation en provenance du commentaire précédent de Intra-science :
Je suis désolée de l'apprendre... je sais à quel point il est difficile de vivre ces moments après avoir pris soin de ces petits durant des jours.
Si cela peut vous aider, n'oubliez pas que sans vous, il serait mort il y a 6 jours de cela. Même si vous aviez contacté un refuge, il n'est pas dit qu'ils auraient pu l'aider, nous sommes cruellement démunis face à ces petits oiseaux. Il était peut-être déjà faible ou malade lorsque vous l'avez récupéré (d'où son expulsion du nid), leur taux de mortalité est élevé dans la nature.

N'hésitez pas à me contacter directement si vous souhaitez en parler, je compatis à votre peine.

Je vous remercie énormément de votre retour, sa mort m'a causé beaucoup de peine, jen ai pleuré et au mopent où je vois écris j'en ai les larmes aux yeux. J'ai quitté le bureau en l'apprenant et j'ai essayé de le rechauffer , il etait tres attaché et attachant. Bref, cest injuste bien que je sais qu'il y avait très peu de chance pour lui. Je vous souhaite vraiment bon courage dans ce que vois faites et merci encore.
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